Consumés par le stress

Consumés par le stress

Le burn-out est un concept de plus en plus entendu, mais qui pourtant demeure assez flou. En effet, le burn-out n’est pas inclus à l’intérieur du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) et de la Classification internationale des maladies (CIM-10) qui sont les deux outils de références pour les professionnels de la santé. L’absence de critères diagnostiques validés est particulièrement problématique puisqu’il devient impossible de cerner l’ampleur de ce phénomène (Bianchi, Schonfeld & Laurent, 2015). Il faut ajouter que certains aspects du burn-out sont présents pour les troubles dépressifs, les troubles de l’adaptation et un état de stress post-traumatique (Olié & Légeron, 2016). Le manque de précisions sur le burn-out rend donc son identification complexe.

Toutefois, le rapport de l’Académie nationale de médecine amène un éclairage sur l’état des connaissances au sujet du burn-out (Olié & Légeron, 2016). Selon le rapport, le burn-out se caractérise par « un état d’épuisement psychologique (émotionnel), mais aussi cognitif (avec une perte de motivations et des difficultés de concentration) et physique (« coup de pompe »), qui se présente sous forme de symptômes traduisant une réaction de détresse à une situation de stress en milieu professionnel». Cette description témoigne de la variété de dimensions impliquées lors d’un burnout.

De plus, les modifications apportées, en France, par le Décret n° 2016-756 du 7 juin 2016 relatif à l’amélioration de la reconnaissance des pathologies psychiques comme maladies professionnelles et du fonctionnement des comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) faciliteront la reconnaissance des maladies professionnelles dont les affections psychiques telles que le burn-out. Effectivement, il est maintenant possible de faire appel à l’expertise d’un médecin psychiatre lors de la procédure de reconnaissance d’une affection psychique à tout moment. Ce Décret représente une avancée en ce qui a trait à l’identification du burn-out et sa considération dans les milieux professionnels en France, mais qui pourrait également encourager d’autres pays dans la même direction.

Il faut souligner que si les altérations biologiques liées au burn-out sont nébuleuses (Olié & Légeron, 2016), la littérature scientifique tente de plus en plus d’observer les effets neurologiques de cette pathologie. D’ailleurs, un article récemment publié dans la revue Observer présente un portrait intéressant sur les changements anatomiques et sur le fonctionnement du cerveau associés au burn-out (Michel, 2016). Voici quelques faits pertinents rapportés dans l’article :

  • L’amygdale (région du cerveau importante pour les réactions émotionnelles) serait plus large et ses connexions avec les autres régions du cerveau associées à la détresse émotionnelle seraient plus faibles chez les individus en burn-out
  • Les connexions entre l’amygdale et le cortex préfrontal médian (structure impliquée dans les fonctions exécutives) seraient également plus faibles ce qui pourrait expliquer pourquoi les individus en burn-out auraient davantage de difficultés à contrôler leurs émotions négatives
  • Une suractivation de l’amygdale nuirait à la modulation des régions du cortex préfrontal médian ce qui déclencherait une activation encore plus élevée de l’amygdale et du cortex préfrontal médian
  • Ce cycle provoquerait une usure plus prononcée du  cortex frontal (région importante pour le fonctionnement cognitif) chez les individus en burn-out que ce qui est observé lors du processus de vieillissement normal
  • Il amènerait aussi des difficultés émotionnelles, attentionnelles et de mémoire
  • Lorsque l’organisme vit un stress de façon prolongée, l’axe HPA (une composante contrôlant «l’hormone du stress» le cortisol) produirait un niveau élevé de cortisol. Si le niveau de cortisol demeure élevé pendant une trop longue période, l’organisme diminue sa production de cortisol. C’est sous ces circonstances qu’un état d’hypercortisolisme survient. Cet état est associé avec des maladies cardiaques coronariennes.

Les techniques de neuroimagerie et le développement de la recherche chez les individus en burn-out permettent de témoigner que la détresse vécue par ces derniers dépasse les sphères sociales et personnelles. Cependant, d’autres études devront être réalisées pour arriver à un consensus sur les effets neurologiques du burn-out.

Dans la même lignée que les différents articles à propos du stress publiés sur notre blogue, il faut garder en tête qu’un pourcentage élevé de la population vit du stress au quotidien dans leur milieu de travail. Il est impératif de ne pas banaliser les manifestations du stress chez les individus et de prévenir ses effets dommageables qui peuvent mener au burn-out. En effet, le burn-out serait expliqué par une exposition quotidienne au stress ayant consumé l’individu (Maslach & Leiter, 2011, cité dans Olié & Légeron, 2016).

 

Références               

Bianchi, R., Schonfeld, I.S. & Laurent, E. (2015). Burnout: Absence of binding diagnostic criteria hampers prevalence estimates. International Journal of Nursing Studies, 52, 789-790. doi : http://dx.doi.org/10.1016/j.ijnurstu.2014.12.008

Conseil d’État. (2016). Décret n° 2016-756 du 7 juin 2016 relatif à l’amélioration de la reconnaissance des pathologies psychiques comme maladies professionnelles et du fonctionnement des comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Repéré à https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2016/6/7/AFSS1606765D/jo/texte

Michel, A. (2016, 2 février). Burnout and the Brain. Observer, 29. Repéré à http://www.psychologicalscience.org/index.php/publications/observer/2016/february-16/burnout-and-the-brain.html

Olié, J.-P. & Légeron, P. (2016). Le burn-out. Paris : France : Académie nationale de médecine.

 

Commentaires